Part des salaires dans la valeur ajoutée

Par
Affiliation

Xavier Timbeau

Publié le

8 septembre 2025

Modifié le

19 septembre 2025

1 Evolution des salaires réels

On déflate la masse salariale (comptabilité nationale, comptes trimestriels) par les prix à la consommation. On utilise les masses salariales (D1, dans namq_10_a10) par branches pour comparer branches (principalement) marchandes et (principalement) non marchandes divisées par l’emploi salarié (namq_10_a10_e). Les prix sont les déflateurs de la consommation (P31\_S14 dans namq_10_fcs) chaînés (voir le code pour les détails).

On distingue 4 agrégations : l’ensemble des branches (ou l’ensemble de l’économie), les branches non marchandes, les branches marchandes et les branches marchandes hors immobilier.

Graphique 1. Salaires réels en Europe

En Italie et en Espagne, la masse salariale dans les branches non marchandes est supérieures à celle des branches non marchandes. Aux Pays-Bas et en Allemagne il n’y a pas de différence notable. En France, elle est significativement plus basse. Notons que les branches non marchandes ne sont pas nécessairement de l’emploi public et ce dans des proportions variables suivant les pays. Dans tous les pays, la masse salariale des branches immobilier et (surtout) services financiers est plus élevée que la masse salariale dans les autres branches marchandes.

2 Part des salaires dans la valeur ajoutée, comptes de branche

On utilise les données de comptabilité nationale, en trimestriel, par branche (nasq_10_nf_tr). La part des salaires est corrigée de la part des non salariés (données annuelles nama_10_a64_e, extrapolées en maintenant le ratio salariés/non salariés à sa dernière valeur observée et en considérant que le salaire des non salariés est identique par branche (en 9 branches, hors immobilier) à celui des salariés – cette hypothèse sous estime probablement le salaire des non salariés mais elle est difficile à lever, sauf à utiliser les enquêtes force de travail et faire confiance au revenu qui y est déclaré).

La masse salariale est rapportée soit à la valeur ajoutée brute (B1G), soit à la valeur ajoutée nette (B1N=B1G-P51C). Comme la consommation de capital fixe (P51C) n’est pas connue en trimestriel, elle est dérivée des comptes annuels en 21 branches (niveau 1 de la nace rev2 nama_10_a64), agrégée en 9 branches, puis extrapolée pour les années non connues (ici 2024 et 2025) en conservant un ratio constant dans la valeur ajouté brute. Le détail se trouve dans le code.

Les trois graphiques suivants illustrent les conséquences sur la mesure de la part des salaires suivant les différents concepts. Le graphique 2 compare avec et sans correction pour les non salariés. Deux rubans sont affichés, l’un pour les branches marchandes hors services immobiliers et financiers et l’autre pour toutes les branches.

L’avantage des comptes de branches est une définition homogène pour chacun des pays. La branche immobilier est exclue parce qu’il est impossible de distinguer les entreprises des ménages propriétaires (les loyers imputés sont une valeur ajoutée des ménages).

Les données trimestrielles sont annualisées pour la lisibilité et pour simplifier le mélange de données annuelles et trimestrielles. Le point 2025 (la dernière année) est donc un acquis sur les trimestres observés de l’année (ici 2 trimestres sur 4) suceptible de changer au fur et à mesure du temps. Il est possible en modifiant le code de produire un graphique trimestriel ou trimestriel lissé, à votre convenance.

Graphique 2. Non salarisation, part des salaires dans la VA nette, comptes de branches

La correction de la non salarisation, en imputant une masse salariale pour les entrepreneurs individuels, augmente la part des salaires. La correction n’est pas constante dans le temps (c’est particulièrement fort pour la France) ni dans l’espace (la correction est très forte en Italie). La correction est plus importante lorsqu’on se limite aux branches marchandes hors services immobiliers et services financiers, sauf aux Pays-Bas.

Graphique 3. Part des salaires dans la VA nette et brute, comptes de branches

La notion de part des salaires dans la valeur ajoutée nette consiste à réduire le démominateur (la valeur ajoutée) de la consommation de capital fixe. Cela augmente donc le ratio. Cependant, cette correction n’est pas constante dans le temps (comme en France, en Espagne ou en Belgique). Comme on peut le voir sur le graphique 4, la variance entre les pays est plus basse pour la notion brute (non corrigé de la CCF) que nette. Pour les branches marchandes hors services immobiliers et services immobiliers, le classement entre pays est marginalement modifié, la Belgique ayant une part des salaires nette pus élevée que l’Allemagne, alors que sa part brute est plus faible qu’en Allemagne. Pour les autres pays, le classement est indentique (La France a la part la plus haute et les Pays-Bas plus faible).

Graphique 4. Tous concepts, comparaison entre pays

3 Part des salaires dans la valeur ajoutée, comptes de secteur

Les comptes de secteurs permettent une analyse plus simple pour les seules entreprises non financières. Cela évite normalement d’avoir à prendre en compte la cas des non salariés, et bien que ce ne soit pas un champ exhaustif, cela doit permettre une analyse sur un champ économique plus strict (au sens de la forme légale des entités considérées). La notion d’impôt sur les sociétés ets mieux définie et le stock de capital productif est mieux connu du fait de l’obligation légale de déclaration des comptes.

Malheureusemet, comme identifié par l’INSEE, la pratique des instituts nationaux européens n’est pas celle de l’INSEE. Par exemple, en Allemagne, le secteur S11 inclu les quasi-sociétés et les entrepreneurs individuels. La normalisation des concepts est par ailleurs peu probable, puisqu’elle est liée aux pratiques administratives. Les comptes de branches opèrent un reclassement des entités économiques qui améliore la comparabilité. En pratique cette précaution ne paraît pas essentielle.

Comme pour les graphiques précédents, les données trimestrielles sont annualisées (pour éliminer la variablibilité trimestrielle qui nuit à la lisibilité et qui n’a pas beaucoup de sens).

Graphique 5. Part des salaires dans la VA, comptes de secteur

4 Profits nets et dividendes

Les comptes des sociétés non financières permettent d’éxaminer d’autres éléments du compte. On affiche ici le profit net sur la valeur ajoutée nette, et le taux de dividendes nets sur la valeur ajoutée nette.

Les profits nets sont définis comme la valeur ajoutée nette de la consommation de cpaital fixe moins la rémunération dedes salariés, moins les taxes nettes des subventions moins l’impôt sur les sociétés :

\Pi = B1G - P51C - D1 - (D2-D3) - D5

Les dividendes sont la ligne D4 nette de ce qui est payé et reçu par le secteur S11 et des intérêts (D41).

Graphique 6. Profits nets dans la VA, comptes de secteur

On peut rapporter ces notions aux éléments qui viennent du compte de capital. Le premier concept est le profit rapporté au stock de capital physique (tel que valorisé dans la comptabilité nationale, c’est-à-dire à la valeur de remplacement et au prix de marché). Mlaheureusement, à part la France, aucun pays dans notre échantillon ne diffuse ces données sur Eurostat.

On rapporte également à une notion financière, à savoir la valeur nette des actions au passif des comptes d’entreprises. Les conventions de valorisation des actions non côtées sont délicates et difficiles à suivre d’un pays à l’autres. On choisit ici d’augmenter ces actions de la valeur nette résiduelle des entreprises non financières (BF90). On a donc :

\begin{align} r_{productif} & = \frac{B2N-D5}{N1N+N2N} \\ r_{financier} & = \frac{B2N-D5}{F51+F52+BF90} \end{align}

On obtient le graphe suivant :

Graphique 7. Rendements du capital, compte de secteur

5 Au delà de l’Europe

L’accès aux données de l’OCDE est devenu particulièrement opaque, mais je m’en suis sorti. Il est possible d’utiliser des données de comptabilité nationale, au niveau de l’ensemble de l’économie (y compris donc les branches non marchandes et l’immobilier). La correction pour la non-salarisation est assurée par les données de l’Economic Outlook (avec une trimestrialisation ad hoc). Au lieu de la valeur ajoutée, on utilise le PIB, auquel on enlève la conosmmation de capital fixe (dans les données OCDE, il n’y a pas de données de CCF pour le Japon). Le concept de part des salaires n’est donc pas tout à fait le même que dans les autres analyses.

On obtient ce graphique :

Graphique 8. Part des salaries dans le PIN, données SNA de l’OCDE

En revanche, Eurostat a un programme de coopération (avec l’OCDE) pour intégrer les données dans un même cadre.

On utilise ces données (naidsa_10_nf_tr) pour construire des indicateurs comparables en comparant des pays autres que ceux de la zone euro.

Graphique 9. Part des salaires dans la valeur ajoutée, comptes de secteur, comparaisons internationales